Guide pratique : contester les sanctions internationales

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Pour aller plus loin

Questions fréquentes sur les sanctions internationales

Mes avoirs viennent d’être gelés : que puis-je encore faire pendant la procédure ?

Le gel n’est pas une confiscation, il immobilise. Les fonds restent la propriété de la personne désignée, mais nul ne peut plus les utiliser ni les mettre à sa disposition, directement ou indirectement. Trois actions se mènent en parallèle et non l’une après l’autre. La première consiste à sécuriser le quotidien en sollicitant les autorisations nécessaires aux dépenses de base, aux honoraires et aux frais de gestion courante. La deuxième est de demander au Conseil de l’Union la communication des motifs et des éléments de preuve sur lesquels la désignation repose, faute de quoi la contestation se fait à l’aveugle. La troisième est de préserver le délai de recours, qui court sans attendre le résultat des deux premières. Beaucoup de dossiers perdus le sont pour avoir traité ces trois démarches de manière séquentielle.

Combien de temps ai-je pour contester une désignation européenne ?

Deux mois, et le compte à rebours est le vrai adversaire. Le recours en annulation ouvert par l’article 263 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne doit être formé dans ce délai, auquel s’ajoute le délai de distance prévu par les textes de procédure. Le point de départ varie selon que la mesure a été publiée ou notifiée à l’intéressé, et cette question est elle-même un terrain de discussion qui mérite d’être tranchée dès le premier jour. Deux conséquences pratiques. Attendre l’issue d’une démarche amiable auprès du Conseil avant de saisir le Tribunal est le moyen le plus sûr de se retrouver forclos, les deux voies devant être menées de front. Et la préparation d’un recours de cette nature, avec traduction des pièces, demande plusieurs semaines, pas quelques jours.

Le gel décidé par les autorités françaises est-il la même chose qu’une désignation européenne ?

Non, ce sont deux régimes distincts qui peuvent se superposer. L’article L. 562-2 du code monétaire et financier, dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er juillet 2017, permet au ministre chargé de l’économie et au ministre de l’intérieur de décider conjointement un gel des avoirs, au sein d’un dispositif national dédié au gel et à l’interdiction de mise à disposition. Une personne peut donc être visée par une mesure nationale sans figurer sur une liste européenne, et inversement. La conséquence est décisive pour le choix de la voie de recours : une mesure nationale se conteste devant le juge administratif français, une désignation européenne devant le Tribunal de l’Union. Identifier précisément le fondement de la mesure subie est donc le premier acte du dossier, avant toute rédaction.

Ma banque bloque mes opérations alors que je ne suis désigné sur aucune liste : que faire ?

C’est le cas de figure le plus fréquent et il ne relève pas du contentieux des sanctions. L’établissement applique ses propres procédures de conformité et, en cas de doute, choisit le blocage, qui ne lui coûte rien, plutôt que l’exécution, qui l’expose. Le litige est alors contractuel et bancaire, non européen. La méthode qui fonctionne consiste à obtenir par écrit le motif précis du blocage, homonymie, détention indirecte alléguée, pays de destination, nature des marchandises, puis à produire un dossier de levée de doute documenté, structure capitalistique à jour, attestations de non-désignation, contrats et licences d’exportation. Une mise en demeure motivée, adressée à la direction de la conformité plutôt qu’à l’agence, débloque un grand nombre de situations sans qu’il soit besoin de saisir un juge.

Puis-je obtenir des autorisations pour payer mes salariés, mes assureurs ou mes avocats ?

Oui, les régimes de sanctions prévoient des dérogations, et elles sont sous-utilisées. Les demandes se déposent auprès de l’autorité nationale compétente, en France la direction générale du Trésor, et portent classiquement sur les besoins de base, les honoraires et frais liés à la défense, les frais de gestion courante des avoirs gelés, ou l’exécution de contrats antérieurs à la désignation. Deux conseils tirés de la pratique. Déposer tôt et de manière groupée, une demande isolée étant traitée aussi lentement qu’un dossier complet. Et documenter chaque poste comme s’il devait être contrôlé, avec les factures, les contrats et l’identité des bénéficiaires, une demande sommaire revenant systématiquement pour complément. Le délai de traitement se compte en semaines, ce qui impose d’anticiper les échéances de paie et d’assurance plutôt que de réagir à l’impayé.

Mon cocontractant vient d’être désigné : dois-je suspendre le contrat immédiatement ?

Oui pour les flux, non pour la réflexion. L’interdiction de mettre des fonds ou des ressources économiques à disposition d’une personne désignée s’applique dès l’entrée en vigueur de la mesure, ce qui impose d’arrêter les paiements et les livraisons sans attendre. Mais résilier dans la foulée est souvent une erreur : la désignation n’est pas nécessairement définitive, la résiliation peut être fautive au regard de la loi applicable au contrat, et elle ouvre un contentieux commercial qui survivra aux sanctions. La position tenable consiste à suspendre l’exécution en invoquant l’impossibilité juridique, à le notifier par écrit en visant le texte applicable, à solliciter les dérogations utiles pour les prestations déjà exécutées, et à conserver la trace de chaque décision. C’est cette traçabilité qui protégera l’entreprise, tant du régulateur que du cocontractant.

La radiation efface-t-elle le passé, et récupère-t-on les fonds ?

Une radiation, obtenue par décision du Conseil ou par annulation juridictionnelle, met fin au gel pour l’avenir : les avoirs redeviennent disponibles et les interdictions cessent. Elle ne répare pas mécaniquement ce qui a été perdu entre-temps, et c’est là que la plupart des dossiers se compliquent. Les relations bancaires rompues ne se rétablissent pas d’elles-mêmes, les contrats résiliés par les cocontractants sont éteints, et la réputation commerciale reste durablement atteinte. La réparation du préjudice suppose alors une démarche distincte, qui obéit à ses propres conditions et à ses propres délais, et dont l’issue reste incertaine. C’est une raison de plus pour documenter le préjudice au fil de l’eau, dès les premières semaines du gel, plutôt que de tenter de le reconstituer après coup à partir de souvenirs et de chiffres d’affaires globaux.

Comment se prépare un dossier de demande de radiation auprès du Conseil ?

Comme un dossier de preuve, pas comme une protestation. La désignation repose sur un exposé de motifs souvent bref, appuyé sur des éléments dont certains sont publics et d’autres non. Le travail consiste à obtenir cet exposé et les pièces qui le fondent, puis à démonter chaque allégation par des documents opposables : registres du commerce et organigrammes capitalistiques certifiés, contrats, relevés de flux, décisions d’organes sociaux, attestations de tiers vérifiables. Les déclarations sur l’honneur pèsent peu. Deux points font souvent la différence. La démonstration d’un changement de situation postérieur à la désignation, cession de participation, démission effective, cessation de fonctions, à condition qu’elle soit réelle et documentée. Et la cohérence entre les explications fournies au Conseil et celles données aux banques, toute contradiction entre les deux étant exploitée contre le demandeur.

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